Interview posthume de Simone de Beauvoir

Nu ook een Franse vertaling van het interview met Simone de Beauvoir over #Metoi.  Met heel veel dank aan Anita Concas voor het mooie vertaalwerk..

Illustratie: Pascal Tieman

Sujet : La sexualité n’est pas une opération militaire.

Quel regard Simone de Beauvoir porte-elle sur le mouvement #metoo et sur le féminisme actuel ? Dans une interview posthume, Simone de Beauvoir se déclare confiante et pleine d’espoir sur l’avenir du féminisme.

À la fin de votre livre, LE DEUXIÈME SEXE (1949) vous exprimez l’espoir que les hommes et les femmes se rejoignent un jour en toute fraternité et égalité. Avez-vous été trop optimiste ? Les révélations de #metoo font penser que les choses ont peu changé entretemps.

“Il ne faut pas confondre espoir et optimisme. Mon livre parle des schémas sexuels profondément enracinés dont il importe que les femmes, et aussi les hommes, se libèrent. Et de la difficulté de cette entreprise. Les modèles sexuels sont ancrés dans les récits, les traditions, les règles religieuses, les institutions, dans tous les aspects de notre société. L’homme se pose comme sujet souverain, comme être humain, et considère la femme comme son opposé, l’Autre. Elle a été pendant des siècles un objet préposé à son service et dont il disposait à sa convenance. Hegel disait que pour pouvoir exister vraiment, nous avons besoin d’être reconnus par un autre être humain, une autre conscience. Or généralement, l’homme attribue à la femme juste assez de conscience pour qu’elle puisse lui renvoyer son image et non pour être elle même un être à part entière. Il en résulte que la femme est réduite à un objet, tandis que l’homme a le droit d’être un sujet. Si on prend conscience du sens de cette attitude on ne peut pas s’étonner de ce que @metoo nous révèle. Il met en lumière que la femme est souvent encore censée capituler devant les hommes. Parfois même sous la pression de violences et de manipulations.”

Vous êtes donc pessimiste ?

“Je n’ai jamais eu l’illusion que l’on pourrait changer en dix, ou même cent ans une histoire de plusieurs milliers d’années. Nous avons sûrement fait des progrès. La campagne #metoo nous montre qu’il y a encore des hommes qui pensent pouvoir faire ce qu’ils veulent des femmes, mais elle montre aussi que les femmes se sont dressées en ‘sujets’. Par exemple, des femmes du monde du film et des media se sont manifestées pour la première fois solidaires, elles s’entraident, prennent la défense de leurs consœurs. Et cela à Hollywood ! Le lieu où le mythe de la femme, telle qu’elle se doit d’être selon certains : belle, sexy, docile, objet de désir pour le sujet masculin, est reproduit à l’infini. Le mouvement #metoo montre que les femmes ne veulent plus répondre à ce modèle.”

Un certain nombre de vos connaissances, des actrices françaises telles que Brigitte Bardot et Catherine Deneuve, sont loin d’applaudir à l’avènement de #metoo.

“Les Françaises n’apprécient pas tellement le puritanisme (rire). Les sceptiques redoutent une chasse aux sorcières. Elles craignent que des rendez-vous déplaisants ou des rapports sexuels mal vécus soient considérés comme des crimes. Mais on peut signaler l’existence de quelque chose sans pour autant la criminaliser. L’écrivain Julien Benda a décrit l’acte de reproduction comme une prise en possession de la femme par l’homme.
On croirait avoir à faire à une opération militaire. Les hommes parlent plus souvent que les femmes de ‘conquêtes’, de femmes ‘assiégées’ qui finissent par ‘capituler’. Nombreux sont ceux qui se soucient peu de savoir si les femmes désirent vraiment partager leur lit avec eux ou si elles sont seulement consentantes. Ce n’est pas un crime, c’est un abus.”

Cette distribution des rôles est-elle vraiment si tenace ? Harvey Weinstein lui-même, l’homme par qui ce mouvement a commencé, a produit et financé des films féministes tels que Kill Bill.

“Kill Bill est un film qui met en scène une vengeance sanglante dont le personnage principal est une femme, Uma Thurman. Cette femme s’est exprimée en termes clairs à propos de #metoo. L’interview qu’elle a donnée dans The New York Times offre une image précise non seulement de Weinstein mais aussi d’une culture qui acceptait l’intimidation sexuelle, les harcèlements sexuels et même le viol. On pourrait dire que le film raconte le déclin de Weinstein. Mais peut-on dire que c’est un film féministe ? Le problème serait peut-être que les rôles soient inversés. Dans ce film, la femme se comporte exactement comme l’homme dans, par exemple, les films japonais de samouraïs. Je ressens le même malaise devant les films de Lara Croft que devant le film de Wonder Woman, sorti l’an dernier. Ces femmes ne sont que des hommes affublés de seins. On voit tout de suite la force des idées, des récits et des fantasmagories issues du cerveau d’un homme.”

Si ces modèles sont si tenaces pourquoi tant d’hommes se sentent-ils menacés au point de voter Trump ou tout autre homme politique machiste ?

“Les hommes sentent bien qu’ils ont quelque chose à perdre. Renoncer à ses privilèges n’est pas chose facile. C’est pourquoi le triomphe de Trump a été interprété comme la réaction de l’électorat masculin blanc qui n’arrive pas à suivre les changements sociaux et économiques modernes. Mais cette analyse est insuffisante. À mon avis, Hillary Clinton n’a pas pris assez de recul. Elle a suivi de trop près les règles prescrites par des hommes. De cette manière elle a perdu beaucoup de son crédit auprès de ceux qui se sentent perdants dans le système. De nombreux électeurs, et même électrices, ont voté Trump parce qu’il promettait un changement. Je ne crois pas du tout en ses promesses mais on sait que les hommes ont un rapport plus décontracté avec les règles existantes. L’histoire leur a appris qu’on peut toujours les changer à sa guise.
La leçon que nous devons retirer de l’échec de Hillary Clinton, c’est que, au final, l’important n’est pas d’exceller à l’intérieur du système mais de changer le système.”

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